Le Médiéviste et l’ordinateur
Le Médiéviste et l’ordinateurHistoire médiévale, informatique et nouvelles technologies
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N° 44, 2006 : Les Systèmes d’information géographique

Éditorial et webographie

Auteur

Pierre Portet
pierre.portet@noos.fr
CNRS [LAMOP/Université de Paris I]

Citer cet artcile

Pierre Portet, « Introduction et webographie », Le Médiéviste et l’ordinateur, 44, 2006 (Les systèmes d’information géographique) [En ligne] http://lemo.irht.cnrs.fr/44/introduction-sig.htm

Mots clés

SIG, Histoire, archéologie, Moyen Âge, France

Keywords

GIS, History, archaeology, Middle Ages, France

Sommaire

  1.  Éditorial
  2. Webographie

Éditorial

Il n’est pas question danc ce numéro 44 du Médiéviste… de présenter un traité sur les applications en histoire des Systèmes d’Information Géographique (SIG), ce n’est pas le lieu non plus de montrer un panorama complet de ce qui se fait avec ces outils dans le domaine de la médiévistique1.

Le propos est modeste et il est d’abord le fruit d’une rencontre personnelle avec l’outil SIG autour de l’étang de Montady (Hérault) qui m’a donné l’envie et le besoin d’en savoir plus sur des usages que je devinais foisonnants et des productions souvent spectaculaires. Des données géographiquement localisées pouvaient être analysées, croisées, cartographiées pour apprendre à poser d’autres questions à une documentation que les archéologues et les historiens pratiquaient depuis longtemps.

Je me suis alors décidé à demander à des chercheuses et à des chercheurs d’exposer quelles avaient été leurs expériences de mise en œuvre de SIG et de montrer le rôle que l’utilisation de cet outil avait joué dans l’évolution de la problématique sur leur objet d’étude2. C’est là tout le but de ce numéro, montrer l’archéologue et l’historien en train d’adapter à leurs travaux un outil très largement utilisé dans d’autres secteurs de la recherche scientifique et qui connaît des applications innombrables dans de nombreux domaines de la vie courante.

Deux grands terrains de recherche et une troisième zone d’activité SIG se dégagent des contributions ici rassemblées. Un premier pôle, urbain, nous amène dans la complexité de l’analyse de ces trames enchevêtrées. Le deuxième axe, rural, nous laisse entrevoir la variété d’interrogations qui a précédé l’utilisation d’un SIG pour mieux comprendre l’histoire de la campagne. Le troisième type d’utilisation, le SIG appliqué à des questions d’histoire religieuse, laisse imaginer des réalisations où cet outil sera utilisé chaque fois qu’il sera possible localiser le fait ou l’évènement.

La ville

Hélène Noizet dans sa « Méthodologie des SIG appliqués à l’histoire urbaine » montre bien la complexité de la démarche à entreprendre pour se lancer dans une telle entreprise et son article me paraît avoir une vocation introductive à ce dossier par les leçons que l’auteur tire de son expérience. Dès l’abord, elle avertit le lecteur : « Contrairement à ce qu’on entend parfois, un SIG ne constitue pas en soi un gain de temps. Il implique tout d’abord une phase d’apprentissage du logiciel utilisé, puis une phase de réflexion pour déterminer la manière optimale d’organiser les données, ainsi qu’une phase de saisie des données… ». Sa conclusion est tout aussi nette : « …le SIG est un moyen d’organiser la réflexion, et non pas un but en soi. Un SIG ne peut apporter de réponses qu’à des questions qui ont été posées au préalable par les scientifiques. Il ne faut pas attendre des SIG une solution miracle, ni se laisser piéger par l’effet de mode SIG. »

Avec le travail d’Éric Dellong « Un S.I.G. archéologique consacré à Narbonne antique et à son proche terroir », nous voilà au cœur des problèmes que l’on peut rencontrer lorsque l’on aborde un environnement archéologique riche en vestiges de toutes sortes. On notera l’utilisation poussée des plans de fouilles anciens dans le SIG ; effectuée au prix d’un minutieux travail de recalage, elle montre bien comment le SIG peut revitaliser en l’unifiant dans son cadre d’étude tout le travail effectué par de nombreux chercheurs.

La campagne

L’article de Niki Evelpidou « Computing Applications in Geoarchaeology in the area of Biterrois » est à la croisée des chemins entre les utilisations des SIG dans les sciences de la terre et son adoption par les archéologues. Elle applique à la région de Béziers des méthodes d’analyses géomorphologiques destinées à découvrir la trace de nouvelles cadastrations romaines.

Samuel Leturcq en écrivant « À la découverte de la dimension spatiale des terriers… Le SIG, outil d’analyse des terroirs d’exploitation » a regardé la campagne de Toury en Beauce à partir du terrier de 1696 et il tire de son terroir passé au filtre du SIG les éléments d’ordre général suivants :

« D’une part – nous dit-il – toutes les pistes envisageables ont pu être explorées ; sans le recours au SIG, la plupart des interrogations seraient restées sans réponse à cause de la masse d’informations à traiter par le biais de la cartographie. L’automatisation du traitement des données permet d’exploiter le document dans toute sa richesse informative. D’autre part la démonstration générale a été singulièrement renforcée, dans la mesure où le SIG, sans être un logiciel de cartographie, offre quelques outils qui permettent de confectionner cartes et plans indispensables à la démonstration. Mais surtout, la problématique de départ fut grandement enrichie, dans la mesure où des découvertes fortuites ont orienté la réflexion sur des pistes inattendues. »

Thomas Jarry dans son « Système d’information géographique et espace rural médiéval : l’utilisation du logiciel MacMap dans la reconstitution du parcellaire de la Plaine de Caen » utilise les livres fonciers de l’ancienne baronnie de Rots (Calvados) et un extraordinaire plan de 1477 qui l’autorisent à reconstituer une histoire des transformations du parcellaire depuis la fin du Moyen Âge jusqu’à la Révolution française. Il tire de son expérience les réflexions suivantes, de portée méthodologique :

« Cette recherche, nécessairement micro-historique et micro-géographique, s’appuie sur la reconstitution minutieuse d’un parcellaire médiéval à l’aide de la cartographie régressive. La confection d’un corpus documentaire typologiquement et géographiquement homogène, ainsi que l’utilisation prudente de la méthode régressive, permettent d’aboutir à la construction d’une image complète du parcellaire médiéval. La reconstitution de la forme parcellaire est une étape vers l’étude plus large de l’utilisation du paysage comme source historique. Cette étude nécessite, comme pour l’interprétation d’un texte, comme ailleurs dans la recherche historique, de confronter les sources cartographiques, archéologiques et textuelles, de construire une méthode scientifique, de définir les outils de l’analyse géographique, à partir d’un logiciel comme MacMap®. »

Nicolas Poirier dans « Des plans terriers au cadastre ancien : mesurer l’évolution de l’occupation du sol grâce au SIG. » étudie une série de plans terriers de la seigneurie de Sancergues (Cher) qui ont été élaborés en 1723 et les confronte au plan cadastral de 1829. Le SIG a permis en y intégrant les plans anciens « de dépasser une estimation globale de l’évolution des masses de culture au profit d’une cartographie des phénomènes de changements proprement dits, de leurs dynamiques et de l’intensité des évolutions à l’œuvre. »

Le Grand schisme

Avec l’étude d’Hugues Labarthe « Un Système d’Information Géographique pour l’étude du Grand Schisme en Gascogne (1378-1417) » nous quittons les rivages de l’archéologie et de l’étude des structures agraires pour aborder une contrée encore peu fréquentée par les utilisateurs de SIG. Il s’agit en effet d’une application à un problème d’histoire religieuse nullement lié à l’archéologie et il est intéressant de noter là une des rares entreprises de SIG qui ne soit pas peu ou prou en connexion avec cette dernière. L’auteur conçoit le SIG comme «l’outil d’une géographie historique renouvelée pour la réalisation d’une géographie rétrospective »

***

Je ne vais surtout pas me livrer maintenant à une conclusion. Comment conclure en effet sur ce qui se présente comme un recueil d’expériences qui ont été le plus souvent mises en œuvre dans le cadre d’une thèse de doctorat, soutenue ou bien encore en train de se faire. Je dirais plutôt que ces sept contributions représentent le résumé de nombreuses années de travail et qu’elles portent témoignage de l’intérêt des chercheurs pour l’utilisation d’un Système d’Information Géographique. Faut-il voir là un effet de mode ? Il est trop tôt pour le savoir. Il me paraît en tout cas certain que la formalisation de la documentation et la réflexion approfondie sur les problématiques, préalables nécessaires – on nous l’a dit à plusieurs reprises dans ce numéro – à la mise en train d’un SIG, ne peuvent qu’être bénéfiques à un meilleur questionnement des sources.

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Quelques repères SIG sur le Web, petite webographie

Deux sites majeurs d’information sur tous les aspects des SIG

http://gislounge.com/
GIS Lounge est un portail d’information sur les SIG, il propose des textes généraux sur les fonctionnalités de cet outil et des informations plus détaillées sur tel ou tel aspect de la chose. Il est maintenu par Caitlin Dempsey.

http://www.geocomm.com/
GeoCommunity™ est un site incontournable sur tout ce qui concerne les SIG et la cartographie assistée par ordinateur. Il s’adresse aussi bien aux professionnels de la chose qu’aux étudiants. Son « Daily SpatialNews NewsWire » est un véritable quotidien d’information sur la discipline, il permet de se tenir au courant des évolutions quasiment en temps réel.

En français

http://www.sig-la-lettre.com/
Site réalisé dans une optique similaire à celle de GeoCommunity mais francophone et moins encyclopédique.

http://sgenevois.free.fr/
En français le site de Sylvain Genevois axé sur l’utilisation des SIG dans l’enseignement donne une bonne vue des ressources francophones sur le sujet.

Des applications historiques et archéologiques

TOTOPI : TOpographie de TOurs Pré-Industrielle (X. Rodier)

http://citeres.univ-tours.fr/compo.php?niveau=lat&page=p_lat/lat_outils_06

« La mise en place du Système d'Information géographique TOTOPI a débuté en 1996. Il ne s'agit pas d'un système de gestion du type "carte archéologique urbaine", mais de l'utilisation d'un SIG comme outil de recherche pour la spatialisation des données archéologiques et permettant de répondre à des questions d'analyse spatiale.

Le SIG est structuré autour de quatre plans (îlot, cadastre actuel, cadastre napoléonien, emprise des fouilles archéologiques) qui constituent les couches de bases.

Le plan d'îlots sert à la localisation générale. Le cadastre actuel, est utilisé essentiellement pour le calage d'autres plans (relevé de terrain ancien, emprise de fouille…). Le cadastre napoléonien constitue le plan de référence pour l'étude de la ville. Le géoréférencement de l'emprise des fouilles était la première étape incontournable pour pouvoir intégrer ensuite les structures archéologiques.

Toutes les autres couches sont construites et structurées tant pour les données graphiques que sémantiques en fonction des axes de recherche dans lesquelles elles s'inscrivent.

TOTOPI concerne plusieurs axes de recherche sur la ville de Tours :

Thierry Hatt « Système d’information géographique et cartographie historique de Strasbourg, de la carte à l’immeuble, usages pédagogiques de l’internet »

http://sirius.ac-strasbourg.fr/microsites/hist_geo01/sig-stg/index.htm

« L’objectif de ce travail est de réaliser, grâce à un système d’information géographique la superposition de sources cartographiques et aériennes variées couvrant l’histoire de Strasbourg, des périodes les plus anciennes à nos jours, de manière à effectuer de riches comparaisons très difficiles à réaliser autrement.

Les documents couvrent la période qui va de 1680 à 1997, les cartes les plus anciennes, Morant 1548, et Mériant 1622 n’ont pas pu être utilisées car les déformations y sont trop importantes. Il y a 12 cartes et 11 photos aériennes.

Les cartes de 1680 et 1761 sont issues de l’ouvrage de J. D. Schoepflin, la carte de 1822 est un document du Musée historique, la carte de 1852 est issue du travail de Frédéric Piton publié en 1855, celle de 1895 provient des Archives Municipales de Strasbourg. Nous avons utilisé ensuite les cartes IGN de 1932, 1938, 1957, 1980, 1997. La première mission photographique est une mission militaire qui couvre l’Ouest de notre zone de travail, la première mission aérienne IGN date de 1950, suivie par les couvertures photographiques de 1971, 1976, 1982.

 Les outils de SIG permettent de réaliser la rectification géométrique et la mise à l’échelle unique de documents variés.

 La procédure utilisée est la suivante :

SIG sur la vallée de l’Arroux en Bourgogne

http://www.informatics.org/france/france.html

Je laisse parler l’auteur : « For over twenty years research has been conducted in the applications of remote sensing and GIS in the Burgundy region of France. This long term research project: “Applications of Geomatics for Long Term Regional Archaeological Settlement Pattern Analysis” is the work of Dr. Scott Madry of Informatics International, Inc. and the University of North Carolina at Chapel Hill Department of Anthropology (formerly of the Center for Remote Sensing and Spatial Analysis of Rutgers University and the International Space University of Strasbourg, France). »

Notes

1 On pourra se reporter au numéro spécial de la revue Histoire et mesure intitulé « Système d’information géographique, archéologie et histoire » paru en 2004 et en particulier à l’introduction de Françoise Pirot et Anne Varet-Vitu pour lire une approche théorique de la chose. Françoise Pirot et Anne Varet-Vitu, « Introduction », Histoire et mesure, 19/3-4, 2004 (Système d’information géographique, archéologie et histoire), mis en ligne le 7 décembre 2005, référence du 15 mars 2006, disponible sur : http://histoiremesure.revues.org/document1216.html.

2 Je tiens à remercier vivement Monique Clavel-Lévêque et Elisabeth Zadora-Rio dont les entretiens et les conseils m’ont été fort utiles et m’ont permis de rassembler beaucoup de ces contributions.